Interview de Arnaud Tournant, nouveau directeur sportif de la formation Cofidis qui sera en charge des pistards de l’équipe Cofidis.

Arnaud, tout le monde vous connaît en tant que pistard et depuis le 1 er janvier 2009, vous êtes devenu directeur sportif pour les pistards de l’équipe Cofidis, quel sera exactement votre rôle ?

Mon rôle tout d’abord sera de laisser a charge les entraînements des pistards aux entraîneurs nationaux. Cette façon de faire est en place depuis de nombreuses années et fait partie des institutions. C’est une relation de confiance qu’il y a entre le sportif et l’entraîneur. Le travail qui est fait au quotidien je n’ai pas dû tout envie et pas les capacités pour m’initier dans leur domaine. Mon rôle sera de gérer cette équipe Cofidis de pistards du point de vu intendance avant pendant et après les compétitions.

 

Cette façon de faire permettra aux coureurs de n’avoir à s’occuper de rien et faire juste du vélo au moment des compétitions.

Tout le monde connaît vote tempérament, n’allez-vous pas être tenté à un moment ou à un autre d’aller voir les entraîneurs et leurs dirent faites ceci et cela ?

Non pas du tout. Le travail que fait l’entraîneur est très bon et il n’y  a que des échanges d’infos entre nous. Parfois il y a des demandes de leur part auxquelles je peux répondre favorablement et d’autres auxquelles je ne peux  pas répondre. Nous essayons de faire aux mieux des possibilités et il faut reconnaître que nous n’avons pas les uns et les autres les mêmes ambitions, les mêmes impératifs et les mêmes difficultés. Pour le moment tout va bien entre nous.

Arnaud, qui seront les pistards que vous allez encadrer ?

Je vais commencer par le ‘’vétéran’’ avec Mickaël Bourgain qui fait office de doyen dans l’équipe. Mickaël a intégré l’équipe Cofidis en 1999 avec beaucoup d’années d’expériences derrière lui et de références notamment aux récents JO a Pékin avec une médaille de bronze en vitesse. Ensuite vient Kévin Sireau qui appartient à l’équipe Cofidis depuis 2006. Kévin est vice champion Olympique et champion du monde de vitesse par équipe avec moi (à l’époque où j’étais encore pistard). Il faut rajouter à ces deux coureurs deux petits nouveaux qui rejoignent le groupe Cofidis en ce début d’année 2009, tout d’abord François Pervis, triples médaillés aux championnats du monde sur le Km. François a une très grande expérience au niveau international et a déjà apporté une première victoire en Keirin a l’équipe Cofidis en ce début d’année a Manchester. Et le petit benjamin de l’équipe, Quentin Lafargue  triple champion du monde et triple champion d’Europe en 2008 de vitesse par équipes. Nous avons beaucoup d’espoirs en lui et maintenant a lui de confirmer au niveau Elite.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir directeur sportif 

Je n’avais pas forcement les diplômes pour être entraîneur comme Florian Rousseau, Benoit Vitu ou Frédéric Magnier qui ont passés le professorat de sport. Pour ma part, je n’ai que le brevet d’état car j’avais une autre envie c’était le ‘’management du sport’’. En 2008, j’ai passé un master de management dans une grande école privée à Paris. Aujourd’hui, j’ai d’autres capacités et d’autres possibilités et comme maintenant nous sommes dans un monde sportif  qui se privatise petit à petit avec des équipes privées. L’équipe Cofidis de piste avait été crée en 2008 avant tout pour permettre a l’équipe de France d’obtenir sa qualification. En ce début d’année 2009, Cofidis a voulu réinvestir et développer cette équipe piste, sachant que je souhaitais mettre un terme a ma carrière de pistard, j’avais surtout envie de rendre a Cofidis ces douze années de bonheur que j’ai passé avec eu. L’entreprise Cofidis étant nordiste comme moi, Cofidis et moi, nous nous sommes rendus comptent que finalement ça dépassait les origines de chacun et permettait à communiquer dans un autre domaine et pour moi de bénéficier d’une structure professionnelle.

Arnaud, qu’allez-vous apporter en tant que directeur sportif de plus a l’équipe de piste Cofidis ?

Je pense que les entraîneurs apportent les connaissances sportives et théoriques au niveau de l’entraînement alors que moi, je vais leur apporter toute mon expérience que j’ai accumulée depuis plus de dix années de compétitions. Aujourd’hui, je vois comment se passe la logistique et sans dénigrer l’équipe de France qui est a la base une équipe amateur, donc moi qui est vécu douze années au sein d’une équipe professionnel comme Cofidis qui l’ai vu agir, j’ai une autre vision des choses qui peut être positif pour l’équipe de France et les pistards Français. Mon envie aujourd’hui est d’apporter mon savoir faire. Aujourd’hui, le sport change de visage et je ne voudrais pas que la France soit pénalisée à vouloir regarder vers le passé et à ne pas regarder le futur proche.

Pensez-vous aujourd’hui que la FFC pour ne pas la citer est capable d’évoluer dans ce sens là ?

De toute manière cela prendra peut être du temps parce que les choses qui sont inscrites durablement ou fortement sont toujours très difficile a changer. Il y a des habitudes qui sont prises et les nouveautés ne sont pas toujours acceptées et avec certaines craintes et peur que cela ne mène à de mauvaises choses. En même temps cela fait partie de l’évolution. A l’époque ou nous avons mis des roues lenticulaires ou des cintres de triathlon ça a permit d’améliorer les choses sans pour cela être dans l’illégalité. Il faut suivre l’évolution et aujourd’hui je pense que le FFC ne serait pas très intelligente de ne pas suivre l’évolution mondiale. Quant on regarde le visage de la piste aujourd’hui, il y a bien sûr les équipes nationales qui sont toujours présentent. En France il y a une vraie équipe professionnelle qui est Cofidis avec deux nouvelles qui sont Bouygues Télécom et Créteil, mais ces  deux équipes rentrent timidement sur la scène internationale de la piste. En comparaison, l’Angleterre (le Royaume Unis) qui est la meilleure nation au monde avec aujourd’hui 6 équipes professionnelles sur pistes. Tout cela montre le retard que peu avoir la France par rapport a cette nation. A tout cela, il faut rajouter les Espagnoles qui possèdent 3 équipes professionnelles, les Etats-Unis en possèdent deux équipes, les Australiens eux possèdent trois équipes professionnelles sur pistes. Il y a un moment où il ne va pas falloir louper le train en marche.

Arnaud, pensez-vous pouvoir donner des conseils à des structures professionnelles comme la Française des Jeux, AG2R La Mondiale en leur apportant votre expérience pour faire évoluer la piste ?

Il faut voir les choses en sens inverses, s’est pas a moi d’aller les voir. Nous sommes par la force des choses au bout d’un moment en concurrence. Il serait dommage pour moi de donner les armes à l’équipe adverse. Ce que l’on peut faire pour eux, c’est de leur montrer l’exemple en n’investissant pas forcement sur la piste, mais dans différentes actions comme le BMX, le VTT ou des disciplines saisonnières comme le cyclisme en salle, le cyclo cross. Nous avons la chance d’avoir un sport qui est ouvert au cyclisme masculin et au cyclisme féminin. Aujourd’hui, je pense que n’importe quel gamin peut s’orienter et trouver quelque chose dans le vélo qui lui correspond. Je pense aussi que c’est aux équipes professionnelles de montrer le chemin vers l’avenir de ce sport. Il faudrait avoir une médiatisation différente du cyclisme en général.

Comment expliquez-vous le retrait des coureurs de l’équipe AG2R La Mondiale, Christophe Riblon et Nicolas Rousseau de la piste ?

Je ne pense pas que se sont les gens d’AG2R La Mondiale qui veulent partir de la piste, mais tout simplement Christophe et Nicolas de vouloir s’orienter vers la route après s’être consacrés a la piste pendant des années. Ayant eu la chance de côtoyer Christophe et Nicolas sur les championnats du monde il y a très peu de temps lors des Jo a Pékin, ils souhaitaient tous les deux pratiquer leur spécialité a 100 % qui est la route. Christophe avait pour sa part fait une très belle saison 2008 et notamment un bon Tour de France, quand à Nicolas j’aurais bien voulu qu’il reste sur la piste, mais c’est aussi l’envie de voir autre chose qu’il le pousse aujourd’hui vers la route. Il n’est pas facile tous les ans de se remette en question et de repartir pour une saison de piste. Il faut savoir que la difficulté de la piste  n’est pas comme la route, nous avons très peu de courses en Europe. Pour vous donner un exemple, il y a peu de temps je me trouvais en Australie et en Amérique du Sud. Dans quelques jours je pars pour une compétition sur piste à Pékin. Pour des garçons qui doivent enchaîner des courses à étapes et le lendemain de leur retour en France partir sur une épreuve sur piste a l’autre bout du monde cela n’est jamais évident.

Arnaud, peut-on vivre correctement en tant que pistard au sein de l’équipe Cofidis ?

C’est très compliqué, Aujourd’hui les médias sont attirés par trois ou quatre sports au maximum (1 er le football, 2 ème le cyclisme sur route, 3 ème le tennis, 4 ème la natation) et nous pistards nous devons lutter avec tous ces sport pour faire notre place. Le cyclisme sur piste est considéré par certains médias comme un sport mineur et je n’ai jamais eu l’impression en tant que pistard que je faisais moins d’effort que des Zidane, Gasquet ou encore Alain Bernard a l’entraînement. Je pense que l’ont s’entraînent tous au temps, je ne peux pas considérer que la discipline que j’ai pratiqué où que je dirige aujourd’hui soit un sport mineur. Parfois pour des logiques économiques, il est difficile pour des sponsors de s’engager et cela devient plus du mécénat que du sponsoring. Aujourd’hui sans être professionnel, il est très difficile de vivre de la piste.

Pensez-vous normal que les médias s’intéressent vraiment a vous qu’au moment des JO ?

Cette réflexion est 100 % ‘’journaliste’’. C’est une vision très réaliste des choses. Maintenant la nuance que j’aurais envie de faire a ça est qu’aujourd’hui nous avons notre destin entre les mains et a nous de faire parler de nous et d’attirer les gens et parfois cela peu faire la différence. Je vois avec François Pervis quant il a gagné une coupe du monde, il y a deux, trois journalistes qui n’auraient pas forcements appelés à la base, mais vu que c’était François ils l’ont fait.

Arnaud, vous êtes directeur sportif de l’équipe des pistards Cofidis et un ancien de l’équipe de France sur piste, quelles sont vos relations avec la FFC aujourd’hui ?

Je pense que j’ai une relation privilégiée se sont des personnes que je connais très bien. Il y a des anciens collègues comme Florian Rousseau avec qui j’ai été adversaire avant tout et partenaire d’entraînement. Nous avons été entraîneurs entraînés et coéquipiers sur la vitesse par équipes. J’ai de la chance de pouvoir travailler avec une personne que je connais bien. Maintenant ce n’est pas toujours facile, car nous avons des caractères opposés. Quand Cofidis a décidé de repartir avec la piste et dire a la Fédération ‘’on arrive et on impose des conditions’’ dû a certaines priorités, donc par la force des choses nous allons imposer certaines décisions, cela ne s’est pas fait facilement.  Je ne sais pas mentir et parler avec une langue de bois, il faut reconnaître qu’au début ça n’a pas été évident parce que la nouveauté faisait peur et craindre a des dérivés. Certaines personnes ont eu l’impression que nous venions piquer dans leur garde marché. Aujourd’hui nous avons encore des difficultés avec la Fédération Française mais dans l’ensemble cela s’arrange.

En fin d’année 2009, le contrat entre Cofidis et l’équipe doit s’arrêter, quel sera l’avenir de l’équipe des pistards ?

La réponse est identique a celle qui est juste avant, ça va être a nous de donner les arguments au patron de chez Cofidis en lui disant il faut rester dans le monde du vélo. Il faut garder l’équipe sur piste, car nous avons déjà participés à trois coupes du monde et gagnés trois victoires et cinq podiums. Pour le moment le bilan n’est pas mauvais. Les deux prochaines échéances qui arrivent seront bonnes. C’est aux coureurs de démontrer aux sponsors qu’ils doivent rester dans le vélo.

Arnaud, si Cofidis arrête fin 2009, quel sera votre avenir ?

J’aurais vraiment l’occasion de trouver un autre travail et pourquoi pas une future reconversion en tant que directeur sportif mais là pour diriger des coursiers sur route. Si Cofidis décidait d’arrêter le sponsoring avec l’équipe de vélo, en 2011 va se construire un vélodrome a Roubaix (la construction débutera au lendemain de l’arrivée de Paris Roubaix) l’inauguration se déroulera en septembre 2011. Le nouveau vélodrome de Roubaix (couvert) sera couvert et une  piste de 250 mètres en bois et une capacité de 1500 places assises. Un très beau projet dont j’ai vu la maquette. A long terme c’est la petite chose que j’aimerais faire.

Pensez-vous pas quand France il manque de vélodrome ?

Bien sûr que oui et c’est pour cela qu’à Roubaix nous avons décidé de créer ce vélodrome. Il y a aussi un projet à Liévin (couvert), à Saint Quentin dans l’Aine et à Bourgoin Jallieu. Normalement un projet devrait naître en Bretagne, donc voilà nous sommes un sport qui a de l’avenir.

Merci a Arnaud Tournant d’avoir répondu a cette interview pour photos-cyclisme-pro.com

Propos recueilli par Pascal Linget le 8 janvier 2009.