Interview de Hubert Dupont (AG2R La Mondiale) qui revient sur sa belle prestation lors de Liège Bastogne Liège.

Hubert, pourriez-vous revenir en quelques mots sur votre belle prestation sur la classique Liège Bastogne Liège dont certains disent que c’est la plus belle classique ?

Certains coureurs rouleurs diront qu’il y a d’autres belles classiques, mais pour moi Liège Bastogne Liège est la plus belle des classiques de printemps. Au départ de l’épreuve,

 

 

j’étais dans toutes les tentatives d’échappées et quand la bonne est partie, je n’y étais pas. Deux équipes se sont mises a rouler devant, Skil Shimano et Landbouwkrediet et au environ du kilomètres 80 au pied du premier grimpeur, le peloton s’est mis a rouler a vive allure et en haut du grimpeur, j’ai attaqué et personne n’est venu avec moi et je me suis retrouvé en ‘’chasse patate’’ entre les trois coureurs échappés et le peloton. A l’approche du deuxième grimpeur les trois échappés se sont disputés le titre de meilleur grimpeur et l’écart qui commençait à se réduire avec ces 3 hommes s’est de nouveau écarté et j’ai dû batailler pendant 10 kilomètres pour revenir sur eux. Quand le peloton s’est relevé et les échappés ont fait de même, j’ai pu revenir.

Est-ce que les oreillettes vous ont aidées dans cette opération ?

Oui tout a fait. Les oreillettes m’ont bien aidées à ce moment là de la course et après pour le reste de la course, elles ne m’ont pas servies plus que cela.

Sans les oreillettes auriez-vous réagit de la même façon ?

Je pense que j’aurais été plus dans le doute en me disant que dois-je faire, est-ce que j’insiste encore ou je me relève. Au moment ou j’aurais eu un doute, j’avais Vincent Lavenu, le directeur sportif par l’intermédiaire des oreillettes et je lui ai demandé de voir avec les autres directeurs sportifs, s’il n’y avait la possibilité que les coureurs devant se relèvent maintenant que le peloton nous a laissé partir. A ce moment là de la course, les oreillettes m’ont bien servies.

C’est votre première grande échappée sur une épreuve mythique ?

J’en ai fait d’autres sur des grands tours, mais sur une épreuve d’un jour comme Liège Bastogne Liège c’est une première.

Comment étiez-vous mentalement au moment ou vous étiez en ‘’chasse patate’’ derrière les échappées ?

Au début quand je suis parti pour rejoindre les 3 hommes échappés, j’étais bien. Mais au moment ou ils ont basculés dans le meilleur grimpeur dans le côte de Ny et qu’ils ont commencer a reprendre de l’avance sur moi, j’ai commencé a réfléchir et a me poser des questions.

A partir du moment ou l’écart a recommencé à grandir, avez-vous pensé à lever le pied et un réintégrer le peloton ?

Non pas vraiment, je savais que derrière le peloton nous avait laissé partir. Mais j’attendais encore un peu pour voir la suite des évènements. Mais a aucun moment, j’ai appelé Vincent pour lui dire je me relève. Il était trop tôt pour jeter l’éponge et de passer aussi près de quelque chose d’aussi beau sur une épreuve comme Liège Bastogne Liège, je ne pouvais pas laisser passer ça. Je me suis dit, s’il y a une échappée à ne pas manquer d’aujourd’hui, elle est bien là.  

Lors du briefing d’avant course, est-ce que votre attaque était prévue ?

Oui mon attaque était prévue. Nous avions un coureur protégé qui était Rinaldo Nocentini et ensuite Vladimir Efimkin qui venait en second et qui ne participait pas au début de course. Et pour le reste de l’équipe, chaque coureur devait essayer de prendre une échappée.

Pensez-vous que de faire une échappée dans Liège Bastogne Liège ne pourrait pas être un déclique pour vous et de vous prouver que vous êtes capable de faire quelque chose sur une grande épreuve d’un jour ?

Je ne sais pas si c’est un déclique, mais cela faisait un moment que l’ont me ‘’bassinés’’ a prendre absolument une échappée. J’ai beaucoup essayé de prendre une échappée, mais il n’est pas évident de se glisser dans une échappée, car il y a l’effet tactique qui rentre en jeu que je ne maîtrise pas encore à ce moment là de la course. Sur les départs de courses, je pense encore devoir progresser pour sentir le bon moment pour attaquer.

Quand vous vous êtes retrouvé avec vos 3 compagnons d’échappés, avez-vous discuté avec Cyril Gautier pour savoir comment il était à ce moment là de l’échappée ?

Au tout début, j’ai remercié tous les coureurs de m’avoir attendu. Et pendant la course, je voyais bien que Nico Sijmens (cofidis) gérait bien son échappée. Du côté du coureur de Cervélo, lui voulait toujours attaquer et quand à Cyril Gautier, il répondait à toutes les attaques et je le sentais costaud. Au moment d’attaquer le grimpeur au Km 128 à Saint Roch, j’ai compris ce que recherchaient ces deux coureurs et notamment Cyril Gautier qui était costaud et j’ai compris que c’était l’homme a canaliser s’il y avait un coup a faire.

Pensiez-vous aller jusqu’au bout de votre échappée avec ces 3 coureurs quand vous vous êtes lancé dans l’aventure ?

Non, il faut être honnête. Sur une course comme Liège Bastogne Liège, les équipes derrière une échappée ne laisse rien au hasard. Le but était d’aller le plus loin possible dans cette échappée.

Je vais revenir sur les oreillettes, pensez-vous que sans les oreillettes, l’échappée va jusqu’au bout ?

Non je ne pense pas que les oreillettes auraient un effet contraire sur l’échappée. Le peloton est revenu très tôt sur nous. Aujourd’hui, il y a sur toutes les courses un ardoisier et à partir du moment où nous avons eus 11 minutes d’avance, le peloton a commencé à réagir. Pour vous dire, quand nous avons commencés a attaquer les principales difficultés a partir du 180 ème kilomètres, le peloton nous a repris 5 minutes en un rien de temps. Avec ou sans oreillettes rien n’aurait changé. Sur une distance comme Liège Bastogne Liège qui avoisine les 260 kilomètres, dans les 20 derniers kilomètres, je n’avais plus rien dans les jambes et j’ai perdu 10 minutes en peu de temps.

Les sensations que vous aviez au départ de la course, étaient-elles les mêmes sur la fin de course ?

J’avais surtout de l’adrénaline et l’effet de se retrouver avec des grands coureurs à mes côtés cela m’en provoquait encore plus. Dans le montée de la Redoute, si j’arrivais a m’accrocher a ces coureurs et basculer en haut alors que nous étions qu’a 20 kilomètres de l’arrivée, cela aurait intéressant pour être un peu plus devant et de me retrouver malgré moi spectateur sur mon vélo de ces grands coureurs.

Dans l’euphorie de vous retrouver dans une échappée ne pensez-vous pas avoir oublié de vous alimenter, vu qu’à 20 kilomètres de l’arrivée vous n’aviez plus rien dans les jambes ?

Oui peut être. Faire 261 kilomètres de course et passer 200 kilomètres a l’avant de celle-ci, l’effort n’est plus le même. A un moment dans la course, je ne pouvais prendre que du gel. Même en ayant une alimentation correcte, je n’aurais pas pu suivre les meilleurs. Je n’ai pas eu de fringale, mais surtout une fatigue générale.

Cette fatigue n’est elle pas dû a un manque de faire des grandes distance comme celle de Liège (261 Km) ?

Sur Liège Bastogne Liège, je ‘’craque’’ a 20 kilomètres de l’arrivé soit après 240 kilomètres de course et des courses de 240 kilomètres en France, il n’y en a pas beaucoup. Honnêtement, je pense qu’il m’a manqué du kilométrage a l’entraînement et en plus je ne suis pas un coureur habitué a faire des échappées. J’ai prouvé sur Liège que j’étais le seul coureur à poursuivre quand nous nous sommes fait doubler et je pense avoir bien géré mon ‘’truc’’.

Comment était Cyril Gautier dans les grimpeurs ?

Je pense que Cyril Gautier a un peu trop pensé a ce grimpeur (je ne sais plus lequel) a un moment de la course, j’ai été le voir pour le canaliser en lui disant, ne t’inquiète pas le coureur de Cervélo ne fait plus les grimpeurs et moi je ne vais pas les faire non plus. Cela ne sert a rien que tu mets des ‘’mines’’ en haut des difficultés.

Hubert, allez-vous participer un jour a la classique Française qui est Paris Roubaix ?

Je n’ai rien à faire sur Paris Roubaix comme le Tour des Flandres et encore moins sur l’Amstel Gold Race. L’Amstel me fait peur sur le vélo et surtout quand je vois les images a la télévision. Si un jour, je suis obligé de prendre le départ de l’Amstel, j’irais a reculons.

Parmi toutes les classiques de printemps sauf Liège Bastogne Liège, quelles sont celles ou vous aimeriez être au départ ?

J’aime bien faire la Flèche Wallonne juste avant Liège, cela me permet de faire un bon ‘’déblocage’’.

Hubert, pourriez-vous me faire un classement des classiques que vous aimez bien ?

-          1 ère Liège Bastogne Liège

-          2 ème La Flèche Wallonne

-          3 ème la classic de San Sébastian

Après une échappée de plus de 200 kilomètres sur Liège, comment se passe la récupération ?

J’ai prévu juste après Liège Bastogne Liège de faire une coupure pendant 3 semaines avant de revenir a la compétition sur le Tour de Catalogne. Que Liège tout se passe bien ou pas, je garde le même programme qui a été établi en début d’année. Juste après Liège, j’ai fait une semaine allégée en vélo en faisant une ‘’micro’ coupure et ensuite, je vais repartir sur deux semaines de travail pour objectif le mois de juillet. Pendant cette période ou je ne vais pas courir et après cette ‘’micro’’ coupure, je vais monter tout doucement en puissance en faisant du vélo au départ avec 2 heures, puis 3 heures, puis 4 heures, puis 5 et voir plus. Après, je ferais un autre bloque de travail en faisant plus d’intensité et de travailler surtout dans les bosses.

Quel sera votre programme après le Tour de Catalogne ?

Normalement, je devrais participer a la manche de Coupe de France le Grand Prix de Plumelec, ensuite je serais en stage avec l’équipe AG2R La Mondiale pendant 4 jours et viendra le Critérium du Dauphiné et le championnat de France. 

Quand vous êtes sur des courses a étapes vous bénéficiez  de séances de massages, mais après une course comme Liège avez-vous cette séance de massage ?

Suite à Liège ou sur des courses d’un jour, nous ne bénéficions pas de séances de massage après la course. Sauf si nous restons sur le terrain comme lors de la Flèche Wallonne ou nous sommes restés pour disputer Liège Bastogne Liège le dimanche.

 

Merci à Hubert Dupont d’avoir répondu a cette interview pour photos-cyclisme-pro.

Propos recueilli par Pascal Linget le 29 avril.